• Marie

Mais pourquoi "vite" ?

Mis à jour : 31 juil. 2019

N’avez-vous pas remarqué comme le mot « vite », et toute autre expression s’en rapprochant, s’est insidieusement inséré dans notre vocabulaire de tous les jours ? Tu peux « vite » venir me voir ? On va « vite » boire un verre ? Je vais « vite » faire des courses. Tu n’aurais pas « cinq secondes » pour moi ? Depuis quand vas-t-on « vite » boire un verre ? Depuis quand avons-nous besoin que de quelques secondes pour se voir ? La pression du temps n’est plus seulement un sentiment, il est devenu un état de fait, il s’est même installé, tel un invité non désiré, dans notre vocabulaire quotidien.


Notre société demande de la célérité, nos moyens de communication permettent des contacts en quelques secondes avec des gens à l’autre bout du monde. C'est fou comme notre monde a changé. Quand j’étais jeune il fallait une semaine pour répondre à un courrier ou un message, maintenant c’est une question de minutes. La question qu’il faut se poser aujourd’hui est de savoir si notre corps, notre cerveau est capable de supporter cela au quotidien.


Et si nous décidions de prendre le temps, d’ajouter de la lenteur à notre vie.


Depuis que je suis sortie de l’hôpital, j’ai développé une sensibilité accrue à tous les stimuli de stress, que cela soit dans les actes, les paroles et les comportements. Car parmi les décisions prises lors de mon burn-out, je me suis jurée de ne plus me laisser mettre sous pression, de ne plus céder au stress. Car neurologiquement mon corps s’y refusait.

J’ai cependant aussi compris que nous étions tous entrés dans la folle spirale de la rapidité, du stress. Tout devait se faire vite, comme si de prendre son temps était devenu un défaut, une tare. D’ailleurs ne dit-on pas perdre son temps au lieu de prendre ?


Au moment où je me suis rendu compte de cela, je me suis demandé comment je pouvais ralentir, quel était le meilleur moyen de m’éloigner de cette hyperactivité ou précipitation qui nous caractérisent et impactent nos vies. J’ai donc pris la décision de partir marcher. Mon but : un peu plus de 300 km en 3 semaines. Marcher est un éloge à la lenteur, un hymne à la longueur ou à la langueur. Qu’existe-t-il de plus lent que de faire 300km en 3 semaines ? Cette expérience m’a appris à m’asseoir, à m’éloigner des facteurs de stress, à ne plus me laisser happer par eux. Ça m’a appris à parler avec les gens, à être là pour eux, les entendre et les comprendre, les écouter.


Maintenant, depuis mon retour dans la vie active, j’écoute les gens et surtout je porte une attention particulière à la manière dont ils communiquent et je les sensibilise à ça. Quand un de mes employé me demande s’il peut « vite » me voir, je lui rétorque que c’est aussi possible de me voir lentement, ou je lui pose la question : mais pourquoi « vite » ?


Et pourquoi ne pas commencer aujourd’hui ?


Dernièrement, lors d’une séance de mentoring avec une jeune femme entrepreneur, je lui ai tenu ce discours. Je lui ai fait l’éloge de la lenteur, du savoir vivre (à ne pas confondre avec celui défendu par la Baronne de Rothschild, d'accord?). Je lui ai demandé de prendre du recul et d’être attentive à sa manière de vivre, à ses expressions. Une semaine après, elle est revenue vers moi, choquée et déboussolée. Elle m’a fait part d’un constat horrifique en me disant que même sa fille de 5 ans parlait comme ça. Maman, je vais « vite » me brosser les dents comme ça tu pourras « vite » me lire une histoire. Quelle ne fut pas son désarroi quand elle comprit que sa fille avait accepté cet état de célérité comme « normal ». Depuis ce jour, elle prend le temps, le temps des jeux, des câlins, des histoires.


Et si on décidait tous de s’arrêter un moment, d’écouter comment nous parlons. De nous rendre compte à quel point notre société nous invite à nous stresser et que nous nous posions la question : Pourquoi si « vite » et surtout pour qui ? Car ce n’est pas pour nous, ni pour notre famille, ni pour notre santé, ni pour notre équilibre.


Astuce du jour : En fin de journée, asseyez vous sur votre canapé, ou prenez place dans un endroit confortable, fermez les yeux, prenez quelques grandes respirations et remémorez-vous votre journée. Trouvez tous ces instants ou vous avez utilisé un vocabulaire basé sur la célérité, la rapidité et tout autre temporalité comme "je n'ai pas le temps", "vite". Essayez de trouver, dans votre mémoire, ces moments où vous avez oublié de profiter d’un sourire ou d’une conversation par empressement. Et notez les dans un carnet. Et pardonnez-vous de ne pas les avoir vus tout en vous promettant que demain vous serez plus attentifs à ces petits cadeaux d’abondance que la vie et l’univers nous offre si nous prenons juste le "temps" de les voir.








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